Centre d'Information sur l'Energie et l'Environnement
energie environnement en Bretagne : ciele, centre d'information de rennes.

N° : 73 - Mai 2001 - 8ème année.
Bulletin d'information du CIELE
Directeur de publication :
André ROUX.

Rédacteur en chef : Jean GETIN



AGENDA

Semaine de l'énergie : du 14 au 21 mai, à l'initiative du secrétariat à l'industrie.
Le Ciele présentera son exposition à la Maison de la consommation et de l'environnement. Accueil tous les après-midi. Des visites d'installations utilisant les énergies renouvelables sont prévues.
Renseignements : Ciele, Catherine Gabillard : 02 99 54 42 98



VU DU CIELE

Expo :

Bretagne vivante - SEPNB a réalisé une exposition intitulée "Sales marées noires".

Elle comprend 10 panneaux couleurs et un montage de 20 diapositives commentées.

Quelques titres de panneaux :
Le pétrole ;
A quoi sert le pétrole ?
Les bretons des experts en marée noire ;
Du goudron et des plumes…

Prix de location : 200 F + frais de port
Réservations : Bretagne vivante, Brest - 02 98 49 07 18

Le bidjet n'est pas un gadget !

Bretagne vivante Sepnb (encore!) vient de sortir un numéro de l'Hermine Vagabonde consacré au compostage des déchets organiques. Au sommaire, des infos pratiques, des conseils, du bricolage des jeux et un superbe poster (jeu du bidjet = vers de terre en gallo) pour jouer ! Destiné aux enfants et aux adultes, c'est un document pédagogique qui joint l'utile à l'agréable et qui peut accompagner la mise en place d'opérations de promotion du compostage à la maison.

Renseignements : Bretagne vivante Sepnb, Brest - 02 98 49 07 18.


Nucléaire

La Dépêche n°12 du MATE est consacrée à l'avis de la commission française du développement durable sur le nucléaire. Les dépêches du MATE (Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement) sont disponibles sur le site du ministère : www.environnement.gouv.fr

ECHOS LOGIE - Précautions !

"Il fallait prendre tes précautions avant!" . Cette phrase nous rappelait, dans notre enfance, qu'il fallait prévoir la petite et la grande "commission".
Elle est maintenant devenue un principe chargé de rappeler aux scientifiques, politiques, décideurs, qu'ils doivent prévoir les risques entraînés par leurs décisions. Mais, n'est-il pas appliquer à tort et à travers? Normalement, il ne concerne que les situations où l'état des sciences et des techniques ne permet pas d'être sûr de la réalité du danger ou de sa gravité (vache folle). Il a cependant été appliqué à la fièvre aphteuse, maladie connue depuis très longtemps, sans réel danger pour l'homme et même pour les animaux!
Quand les risques sont parfaitement connus, c'est la prévention qui doit s'appliquer.


Principe de précaution


Dominique Bourg et Jean-Louis Schlegel viennent de publier un livre *1 sur ce sujet. Politis leur a ouvert ses pages dans son numéro du 15/03/2001.
"Face à des menaces graves, qualifiées d'irréversibles, dans le domaine de l'environnement, on ne doit pas attendre d'avoir acquis une certitude scientifique pour agir."
Le principe de précaution rappelle donc qu'il faut agir, même si on n'est pas certain de la réalité des menaces et de leur ampleur. Il faut d'abord apprécier le degré de gravité : la prise de précaution est lourde socialement et économiquement coûteuse, elle ne doit pas s'appliquer pour des peccadilles. Elle se justifie pour le bœuf aux hormones, les farines animales, la vache folle ou les changements climatiques.

Le principe de précaution implique aussi l'incertitude devant un risque nouveau ; la réalité de la menace ou son ampleur potentielle ne font pas l'objet de connaissances certaines, scientifiquement établies. Il faut de fortes présomptions scientifiques mais cela implique aussi que la recherche et l'acquisition de connaissances seront poursuivie. Si l'incertitude est levée, on passe de la précaution à la prévention. L'incertitude ne doit pas être purement technologique (le fonctionnement des objets techniques s'accompagne toujours d'un certain nombre d'incertitudes!) mais doit porter sur la méconnaissance d'un domaine de la réalité naturelle et notamment de son évolution.

Vache folle, sang contaminé, OGM nous renvoient à la méconnaissance des conséquences de certaines de nos techniques. La précaution est une nouvelle forme de prudence, avant tout dans le domaine écologique et sanitaire, avec une forte insistance sur l'action nécessaire quand on se trouve dans une situation dangereuse et incertaine. Il faut agir en dépit du défaut de connaissances sur les phénomènes qu'il convient d'infléchir, mais en s'appuyant sur des connaissances déjà acquises.

L'application du principe de précaution conduit à une démarche chaque fois particulière : la gravité d'une menace n'est pas toujours aisée à apprécier. Elle appelle à se poser les questions du sacrifice à consentir dans le présent au nom d'un futur incertain, du poids à accorder aux générations futures.

La précaution nécessite un travail d'élaboration et de questionnement. Elle légitime le recours à un débat public et elle devrait faire figure d'engagement moral de toute une communauté. Elle ne permet pas de trancher de manière mécanique. On peut interpréter le principe comme une "approche" de précaution qui inspire l'action des gouvernements et des législateurs (ex : déclaration de Rio). Ce n'est pas une norme juridique opposable par un juge à un État ou un particulier. C'est cette conception qui est officiellement admise par la Communauté internationale. On peut envisager le principe de précaution comme principe pour des politiques publiques. On peut alors attaquer l'État ou l'administration au nom de ce principe (ex : Greenpeace demandant l'annulation de l'autorisation de cultures de maïs transgénique devant le Conseil d'État). L'Union européenne, l'Australie reconnaissent le principe sous cette forme.
A l'avenir, il devrait permettre à un État d'interdire l'importation d'un bien jugé dangereux. Ce n'est pas possible actuellement car l'OMC ne reconnaît pas le principe, mais cela devrait évoluer. Actuellement, un État qui voudrait interdire l'importation d'un produit pendant un temps assez long doit fournir des "preuves scientifiques suffisantes" sur la dangerosité du produit. Ce qui va à l'encontre du principe de précaution qui gère l'incertitude. Mais la jurisprudence de l'OMC évolue vers l'exigence d'un "lien raisonnable" entre le produit incriminé et le dommage redouté.

On pourrait également envisager le principe de précaution comme une règle de droit. Il serait alors possible d'attaquer en justice directement les décideurs technologiques. Cela contraindrait les industriels à contrôler, a priori, la dangerosité de leurs produits. Cette application peut entraîner des abus : il est difficile d'apprécier, pour un domaine donné, l'état antérieur des connaissances. Mais cela apparaît comme l'aboutissement logique du principe de précaution vu comme l'opposition à la croyance au progrès qui veut que les techniques débouchent nécessairement sur un mieux-être.

Enfin, on pourrait avoir une lecture politique du principe de précaution. "Il s'agirait d'instaurer une forme de contrôle sur le pouvoir des techniques, en concertation avec les scientifiques et les chercheurs, mais plus encore avec les populations, dans le cadre de la démocratie participative, en recourant essentiellement aux "conférences de citoyens". Mais nous en sommes encore loin.

*1 - Parer aux risques de demain, le principe de précaution, Le Seuil, 190 p., 75 F.

Protection encore

CFDT Magazine dans son n° d'avril 2001, s'est également intéressé au principe de précaution.
Olivier Godard, directeur de recherche au CNRS, fait remonter l'apparition de ce principe aux années 70 en Europe du Nord ; c'était la pollution atmosphérique qui inquiétait alors.
Puis, suivent la protection de la mer du Nord en 1987, la déclaration de Rio en 1992 sur les changements climatiques. Le traité de Maastricht en 1992 fait référence à la précaution et la loi Barnier en 1995 l'introduit dans le droit français qui reprend la notion de risque supposé mais en précisant que les mesures adoptées devront l'être à "un coût économiquement acceptable".

Jusqu'alors, seul l'environnement était concerné ; mais avec les crises de la vache folle, le principe de précaution fait son entrée dans le domaine de la santé publique.

O. Godard met en garde contre une généralisation de ce principe. Il ne peut pas y avoir de "dommage zéro" mais un niveau de risque acceptable et accepté. Il faut également prendre garde au "scénario du pire" qui, d'après lui, a conduit à faire retirer la viande de bœuf des cantines scolaires alors que le niveau de prévention et de contrôle n'a jamais été aussi élevé.

Enfin, il ne faut pas inverser la charge de la preuve, en obligeant les promoteurs de prouver l'absence de dommage. D'après le chercheur, cette pratique, justifiée pour les médicaments, serait lourde et pénalisante pour de nombreuses activités humaines et se heurterait à "l'incapacité de la science d'apporter la preuve demandée en temps utile".

J.P Bompard, chargé de mission à la CFDT, ajoute que "le progrès technique est toujours ambivalent. Il faut en tenir compte et expliquer." Ceci montre toute l'importance des experts. Et O. Godard souhaite la création d'une agence nationale de l'expertise qui renforcerait le rôle et le poids des experts bien qu'il ne soit pas de leur compétence de juger du niveau de risque à prendre. C'est là le rôle des politiques. Les politiques doivent évoluer entre le scénario du pire, qui risque de paralyser des secteurs entiers de l'économie, la négation du risque, qui exposerait la santé des populations, l'estimation du coût économique acceptable et la pression de l'opinion.

J. Grosclaude, chercheuse à l'INRA, regrette qu'on perde le sens de la relativité. Selon elle, au mieux 10% du troupeau a été exposé à l'ESB. Il y a aujourd'hui, en France, 3 décès par la maladie de Creutzfeld-Jacob dont 2 pourraient être liés à la consommation de viande. Les perspectives les plus alarmantes prévoient 600 cas dans les années à venir, les plus raisonnables, 8 cas. Elle met ces chiffres en regard d'autres risques avérés et acceptés : les 50 000 décès/an par cancers dus au tabac ou les 8 000 morts sur les routes. L'application du principe de précaution dans la crise de la vache folle a envoyé à la destruction 2,5 millions d'animaux, malmené la filière de l'agroalimentaire et coûté 5 milliards d'Euros.

Le sociologue J. Lautman rappelle que le risque "n'est pas le danger mais l'évaluation de la probabilité d'être affecté par un danger" et qu'actuellement, le risque de contracter la maladie de Creutzfeld-Jacob est inacceptable pour la majorité de nos concitoyens, peut-être à cause du poids symbolique de l'alimentation dans notre société. "Définir ce qu'est le risque acceptable est in fine l'affaire des citoyens et des responsables politiques, et non celle des experts". On voit qu'il ne va pas être simple de définir ce qu'est le risque acceptable. Cela ne peut passer que par l'information la plus complète possible des citoyens et par le débat..



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