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N° : 47 - Janvier 1999.
Bulletin d'information du CIELE
Directeur de publication : André ROUX. Rédacteur en chef : Jean GETIN
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AGENDA
Contrat de plan : Eoliennes en Bretagne (Avel Pen ar Bed) organise une réunion des associations pour réfléchir au volet Energie du contrat de plan Etat- Région 1999-2005, le mercredi 13 janvier à 14 h à la pépinière d'entreprises de Carhaix
Comité de suivi : La prochaine réunion du Comité de suivi du CTED des Gayeulles aura lieu le jeudi 21 janvier à 14 heu-res. Ordre du jour : mise aux normes du CTED.
Colloque Energie : Les députés verts à l'Assemblée Nationale organisent un colloque " Avenir de l'énergie en France et en Europe " le mercredi 20 janvier de 9 h à 18 h, à la Maison de la Chimie, 28 rue St Dominique 75007 Paris. Thèmes abordés : le bilan nucléaire nucléaire et effet de serre : la fausse réponse, sortir du nucléaire sans augmenter l'effet de serre : les alternatives, pour un grand service public de l'énergie au service du développementdurable.
Conseil d'Administration : Il aura lieu le jeudi 11 février à 20 h 30 au CIELE.
Visite d'une maison Phébus : La visite d'une maison équipée d'une centrale solaire Phébus, d'un chauffage au bois et d'une installation d'eau chaude solaire sera organisée le samedi 6 mars. Renseignements et inscriptions au CIELE
VU DU CIELE
Economie solidaire : Un espace pour l'économie solidaire et l'innovation sociale ouvre à Rennes au 1, rue Anatole France. Ce site appelé Archipel abritera les activités de l'association Espace de vie et comprendra également un magasin Boutiq Ethiq.
ÉCHOS LOGIE :
La guerre des génes a commencé.
En cette période de fêtes, nous avons voulu vous offrir un conte de Noël. Hélas, il finit mal. L' accaparement du vivant par les grandes compagnies prend plusieurs formes : ruée vers les gènes dans les paystropicaux, interdiction de se reproduire pour les semences des pay-sans occidentaux.
Sans gène! : Cette histoire commence comme un conte de Noël. Un microbiologiste indien constata en 1993, lors d'une expédition dans les îles Andaman, qu'une tribu vivant dans un environnement infesté de moustiques ne souffrait pas de la malaria. Les gens de la tribu lui montrèrent les plantes à partir desquelles ils préparaient une potion. Revenu dans son laboratoire, il constata que deux des plantes avaient des propriétés fébrifuges et une troisième réduisait le nombre des parasites de la malaria dans du sang hu_self contaminé par la maladie.
Lors de nouvelles explorations, il put s'appliquer à lui-même et avec succès la " potion " de la tribu.La malaria tue plus de 2 millions de personnes chaque année. Un remède contre cette maladie peut rapporter des centaines de millions de dollars à un groupe pharmaceutique. Le biologiste se vit célèbre et riche. Il pensa aussi que cet argent pourrait permettre de sauver la tribu qui ne compte plus qu'une centaine de personnes et dont le territoire
disparaît.
Et c'est là que s'arrête le conte car un des dirigeants du centre de recherche gouvernemental où travaillait le biochimiste avait déjà prévu de déposer un brevet en son nom propre. Le chercheur refusa alors de révéler le nom des plantes magiques. Son chef prétendit alors que les supposées vertus des plantes n'étaient qu'élucubrations de jeune chercheur hyper excité et que la r-cherche n'en était qu'à ses débuts. Le chercheur de son coté admis que les membres de la tribu pouvaient aussi posséder un gène qui les protégeait de la malaria. Mais les autorités ne lui ont plus délivré d'autorisations de poursuivre ses recherches dans la tribu.Ce conte de Noël qui finit mal n'est pas un cas isolé. Les forêts et montagnes des zones tropicales sont l'objet d'une ruée vers l'or desgènes. Beaucoup des médicaments vendus aux USA sont des dérivés chimiques de 40 espèces de plantes. Et parmi les 265 000 plantes à fleurs du monde, on a recherché les propriétés médicinales de seulement 1%. Alors, de par le monde, de hardis explorateurs prélèvent la salive de chauve-souris vampires du Mexique afin d'extraire une substance qui pourrait dissoudre les caillots du sang, déposent des brevets sur un breuvage magique psychotrope d'Amazonie, extraient de microscopiques champignons du sol du Panama
Il y a une fièvre de la prospection comparable à la ruée versl'or. Mais ces prospecteurs ne réclament pas des droits sur la terre mais sur des éléments aussi petits qu'un gène d'une bactérie.La question est : Qui peut récolter les profits de ces découvertes? La guerre des gènes est déclarée. Et des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil essayent de restreindre l'accès à leur riche biosphère de peur d'être pillés. Ils posent également un problème éthique : un état, une compagnie, un scientifique ont-ils le droit de s'approprier une partie d'un être vivant? Peut-on breveter le vivant? Il y a des affrontements entre nations développées et pays du Tiers Monde. La convention sur la biodiversité de 1992 a figé un temps la dispute. Mais il n'y a pas de consensus et les USA n'ont pas signé cette convention. Et même avec la meilleure bonne volonté, il n'est pas possible de la faire respecter car les bio-pirates ne sont pas faciles à attraper.Des collecteurs de gènes perçoivent les êtres hu_selfs avec lesquels ils sont en contact comme des phénomènes de foire. Ils prélèvent des tissus hu_selfs sur une tribu connue pour sa résistance au cancer et au diabète ou du sang sur des indiens d'Amazonie. Or pour eux, prendre leur sang c'est comme prendre leur âme.
Il y a déjà plus de 100 000 gènes stockés dans des banques biologiques sans que les pays où ils ont été prélevés aient reçu des dédommagements. Quelques-uns de ces gènes peuvent révolutionner la vie de millions de gens. Mais trouver le bon gène ou la bonne molécule, c'est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. C'est pourquoi on s'intéresse de plus en plus aux pratiques des sorciers et chamans des peuples primitifs. Leurs connaissances empiriques peuvent économiser des années de recherche. Les profits peuvent être énormes. Un français a breveté un extraitd'écorce d'arbre africain qui permet de soigner les problèmes de prostate. Des centaines de tonnes d'écorce sont collectées, souvent illégalement, à travers l'Afrique, et l'arbre est quasiment en voie de disparition. La vente du médicament dérivé de l'écorce a rapporté plus de 220 millions de dollars chaque année.Les pays et les populations qui fournissent les matériaux perçoivent rarement une part des bénéfices. Beaucoup de tribus sont réticentes à dévoiler leurs savoirs mais d'autres sont prêtes à les vendre pour trois fois rien. Un indien qui utilise les plantes pour soigner les morsures de serpent, l'asthme et l'épilepsie a reçu 5$ d'une firme allemande en échange de ses recettes.
Les groupes pharmaceutiques rétorquent que développer un nouveau produit est une entreprise risquée. Même avec l'aide des indigènes, parmi 10 000 nouveaux composés chimiques récoltés, un seul permettra de créer un nouveau médicament. La re-cherche et la mise sur le marché peuvent prendre 8 à 12 ans et coûter 350 millions de dollars. Cependant les profits couvrent largement les frais engagés. Certains pays avec des systèmes de médecine traditionnelle très ancienscomme la Chine et l'Inde veulent protéger leurs res-sources génétiques. Le Costa Rica qui détient 5% de la biodiversité de la planète a passé un accord avec une douzaine de com-pagnies pour faire l'inventaire de ses ressources. Les protecteurs de la nature réclament qu'une partie des royalties soit donnée aux populations locales.
Tout le monde risque de souffrir de la situation si les pays pauvres décident de garder leurs gènes. Car seules les multinationales ont les moyens nécessaires pour développer de nouveaux médicaments. En attendant que des mesures adéquates de sauvegarde soient trouvées, les peuples primitifs vont garder leurs secrets. (TIME - 30/11/98)
Prenez-en de la graine ! : Le vivant possède deux propriétés caractéristiques et contradictoires : celle de se multiplier en con-servant ses caractéristiques qui a donné l'agriculture, celle d'évoluer qui a donné la sélection. Ces propriétés ont été utilisées par les hommes au cours des siècles pour adapter les plantes et les animaux à leurs besoins. Ces deux propriétés sont devenues an-tagoniques au milieu du XIXème siècle quand la sélection est devenue un moyen de gagner de l'argent, à condition que l'agriculteur ne puisse semer les grains qu'il a récoltés. Comme l'interdiction était politiquement exclue, il fallait faire appel à la génétique agricole. C'est ainsi qu'apparaîtront au début du XXème siècle, la méthode de sélection continue puis dans les années 30, les hybrides. Avec ces derniers, sous prétexte d'augmenter les rendements, on stérilise en fait la 2ème génération de graines.
En mars 1998, on a atteint un nouveau stade avec le brevet accordé à une firme américaine, rachetée depuis par Monsanto. Dans le Terminator, on a introduit un transgène tueur qui empêche le développement du germe dans le grain récolté. C'est en-core Monsanto qui interdit aux paysans américains sous peine d'amendes (1200$ par ha) de conserver une partie de leur récolte de Biotech (semences possédant un géne de résistance à l'herbicide Roundup de Monsanto) pour la semer l'année suivante. Cette confiscation du vivant n'est pas dénoncée par des écolos barbus forcément incompétents mais par un directeur de recher-che de l'INRA et par un professeur de génétique des populations de Harvard dans un excellent article du Monde Diplomatique (n° de décembre 1998).
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